La bibliothérapie

La bibliothérapie a surtout été utilisée dans le cadre des « selfhelp books », s’aider soi-même par la lecture de livres traitant du sujet préoccupant (développement personnel, atteindre le bonheur, gérer les conflits, … ). En Belgique, l’université de Liège l’a beaucoup développée pour aider les hommes souffrant de troubles de la sexualité, notamment de l’éjaculation précoce.

En 2015, Régine Detambel publiait un livre intitulé « Les livres prennent soin de nous » mettant l’accent sur la « bibliothérapie créative ». Dans la foulée de cette publication, de nombreux articles ont fleuri sur internet en faisant l’éloge de la lecture.

Mais qu’entend-on exactement par bibliothérapie ? Ce terme n’est actuellement pas reconnu comme entrant dans la catégorie des thérapies, en fait chacun l’entend à sa façon, souvent sous la forme du « soin par le livre » au sens large comme son étymologie le suggère (bibliothérapie vient du grec biblios, livre, et therapeuein, soigner).

Après avoir effectué de nombreuses recherches personnelles, j’en suis arrivée à la conclusion que la bibliothérapie ne peut pas être une thérapie à part entière, dans le sens où lire un livre n’est pas suffisant en soi pour traiter la souffrance psychique, mais elle est par contre un formidable outil à utiliser dans le cadre de la psychothérapie analytique. En effet, selon Freud S. (« La création littéraire et le rêve éveillé » ) l’inconscient du lecteur  est sensible à la mise en scène artistique des propres fantasmes de l’écrivain dans son oeuvre :

« Mais lorsque le créateur littéraire joue devant nous ses jeux ou nous raconte ce que nous inclinons à considérer comme ses rêves diurnes personnels, nous éprouvons un très grand plaisir dû sans doute à la convergence de plusieurs sources de jouissance. Comment parvient-il à ce résultat ? … Nous pouvons deviner deux des moyens qu’emploie cette technique : le créateur d’art atténue le caractère du rêve diurne égoïste au moyen de changements et de voiles et il nous séduit par un bénéfice de plaisir purement formel, c’est-à-dire par un bénéfice de plaisir esthétique qu’il nous offre dans la représentation de ses fantasmes. On appelle prime de séduction, ou plaisir préliminaire, un pareil bénéfice de plaisir qui nous est offert afin de permettre la libération d’une jouissance supérieure émanant de sources psychiques bien plus profondes. Je crois que tout plaisir esthétique produit en nous par le créateur présente ce caractère de plaisir préliminaire, mais que la véritable jouissance de l’œuvre littéraire provient de ce que notre âme se trouve par elle soulagée de certaines tensions. Peut-être même le fait que le créateur nous met à même de jouir désormais de nos propres fantasmes sans scrupule ni honte contribue-t-il pour une large part à ce résultat ? »

Il y aurait donc entre l’écrivain et le lecteur une sorte de communication d’inconscient à inconscient, celui du lecteur pouvant être stimulé, perturbé, soulagé, … par certaines lectures. Toutes les lectures ne produisent cependant pas cet effet comme l’explique particulièrement bien Anzieu D. dans « Le corps de l’oeuvre » :

« Une oeuvre ne travaille pas le lecteur – au sens du travail psychique – si elle lui donne seulement le plaisir du moment, s’il en parle comme d’une bonne fortune, plaisante mais sans lendemain. Le lecteur qui commence d’être travaillé par l’oeuvre entame avec elle une sorte de liaison. Pendant les interruptions même de sa la lecture, tout en se préparant à la reprendre, il s’abandonne à la rêverie, sa fantaisie éveillée est stimulée, il en insère des fragments entre les passages du livre, et sa lecture est un mixte, un hybride, une greffe de sa propre activité de fantasmatisation sur les produits de l’activité de fantasmatisation de l’auteur. … tant que la lecture d’un roman s’en tient à romancer la vie du lecteur, le travail psychique reste superficiel. »

C’est là que la bibliothérapie prend tout son sens en tant qu’outil dans la psychothérapie analytique car la lecture de certaines oeuvres permet au lecteur de se rendre compte de ses rêveries, de les alimenter, d’amener à la conscience certains de ses fantasmes, … Tout un matériel psychique qui peut ensuite être analysé dans le cadre de la psychothérapie.

D’ailleurs, de nombreux auteurs, comme Proust M. dans « Sur la lecture », ont mis en avant cet aspect révélateur de certaines lectures. Ces quelques phrases d’André Gide (« De l’influence en littérature ») résument parfaitement ce petit exposé :

« J’ai lu ce livre ; et après l’avoir lu je l’ai fermé ; je l’ai remis sur ce rayon de ma bibliothèque, mais dans ce livre il y avait telle parole que je ne peux pas oublier. Elle est descendue en moi si avant, que je ne la distingue plus de moi-même. Désormais je ne suis plus comme si je ne l’avais pas connue. Que j’oublie le livre où j’ai lu cette parole : que j’oublie même que je l’ai lue; ne me souvienne d’elle que d’une manière imparfaite,  n’importe ! Je ne peux plus redevenir celui que j’étais avant de l’avoir lue. Comment expliquer sa puissance ? Sa puissance vient de ceci qu’elle n’a fait que me révéler quelque partie de moi inconnue à moi-même ; elle n’a été pour moi qu’une explication, oui, qu’une explication de moi-même. »

 

Les questions fréquemment posées sur la bibliothérapie

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