Le deuil et le travail de deuil

Le deuil est l’état dans lequel on se trouve après une perte. Il se caractérise par une humeur dépressive profondément douloureuse, une suppression de l’intérêt pour le monde extérieur, la perte de la capacité de choisir un nouvel objet d’amour (ce qui voudrait dire remplacer celui dont on est en deuil), le fait de se détourner de toute activité qui n’est pas en relation avec le souvenir de l’être perdu.

Le travail de deuil requiert d’abord la reconnaissance de la perte et des changements qu’elle opère en nous. Cela demande de ce fait de la peine, de la souffrance et du temps. Si la perte objective peut être consommée dans les quelques secondes d’un accident, le détachement intérieur demande, en particulier à l’enfant, des mois sinon des années si tant est qu’il soit un jour tout à fait achevé. (1)

En quoi consiste le travail qu’opère le deuil ? L’examen de la réalité a montré que l’objet aimé n’existe plus et exige de retirer toute libido de ses connexions avec cet objet. Sur chacun des souvenirs et des situations d’attente pris un à un, qui montrent que la libido est rattachée à l’objet perdu, la réalité apporte son verdict, à savoir que l’objet n’existe plus, et le Moi en quelque sorte placé devant la question de savoir s’il veut partager ce destin, se laisse déterminer à être en vie, et dénoue sa liaison à l’objet anéanti (2). Dans ce sens, on peut dire que le travail de deuil consiste à « tuer le mort » (3). Ce dénouement s’effectue si lentement qu’à la fin du travail tout ce que celui-ci requiert en dépense est dilapidé. Après l’achèvement du travail de deuil le Moi redevient libre et non-inhibé.

Lorsque le travail de deuil est impossible, le refoulement de la perte entraîne, en même temps, l’annulation de la relation antérieure et son maintien. Une autre façon de perpétuer le lien est la transformation en leur contraire des sentiments, une relation d’amour devient haine : je ne l’aime pas – je le hais – je le rejette – je ne perds rien. Ces deux manières de réagir font l’économie du travail douloureux du deuil qui, en un sens, n’a pas lieu.

À mi-chemin entre le deuil et son refoulement, se situe la tentative répétée et toujours vaine d’effectuer ce travail. Le sujet est pris dans une compulsion de répétition. N’ayant pu en son temps accepter la perte de l’objet d’amour, il répète avec d’autres objets la même situation, la même relation, le même type d’investissement. Il essaie de faire exister ce nouvel autre et s’emploie en même temps à en accepter la perte. Ce faisant, il recrée, à son insu, cette même situation de perte qu’il a à vivre encore et encore. Il croit par là, inconsciemment, réparer le dommage qu’il pense avoir subi et avoir fait subir. (4)

Le travail de deuil est essentiellement conditionné par la nature de la relation objectale qu’il vient dénouer, relation qui renvoie aux premiers liens à l’objet qui ont été constitutifs du narcissisme, c’est alors que s’est mise en place précocement « l’aptitude au deuil » (5).

Sources :

  1. Hanus M. : « Le deuil chez l’enfant »
  2. Freud S. : « Deuil et mélancolie »
  3. Lagache D. : « Le travail du deuil »
  4. Guérin G. : « Être en deuil »
  5. Hanus M. : « Les Deuils dans la vie. Deuils et séparations chez l’adulte, chez l’enfant »

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4 commentaires

  1. Bonjour,
    Je suis suivi actuellement par un psychologue pour un deuil. Ma compagne a été assassinée il y a un an et demi, et je ne sais vraiment plus où j’en suis. J’ai des périodes où j’ai l’impression d’aller mieux, puis des jours où j’ai le moral dans les chaussettes. Je sais que je devrai un jour ou l’autre refaire ma vie, mais j’en suis incapable, ma compagne est toujours dans mes pensées, dans mon coeur. J’ai l’impression de vivre au jour le jour, sans but réel, n’attendant rien. Je ne sais vraiment pas où j’en suis, je souhaiterais pourtant retrouver le bonheur pour revivre.
    Merci

  2. c’est la premiere fois que je parle sur cet ecran mon enfant de 26 ans est decede il y a un mois et un jour apres un coma artificiel de 10 jours pendant laquel je savais qu’il etait perdu suite a un incendie ou il etait trop brule pour que la vie soit je suis toujours dechiquetee dedans j’ai peur j’essaye juste de me faire un peu de bien en ecrivant ceci j’ aime les gens merci que la vie nous soit douce

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